25 avril 2009
Jusqu'au jour où...
Je commençais à peine à ouvrir à nouveau les yeux sur le monde extérieur après plusieurs mois de mutisme intégral. Sept mois et douze jours que Ayline me promenait dans les grandes allées du parc. C’était l’été, flamboyant, odorant et magique. Le parfum des tilleuls aux énormes troncs noueux embaumait l’allée principale. J’entendais toujours le même murmure musical que Ayline fredonnait les lèvres jointes, en poussant infatigablement le fauteuil aux roues démesurées. Une fois la promenade terminée, une sorte de rituel semblait installé. Ayline arrêtait le fauteuil en bas de l’escalier en pierre qui donnait accès aux chambres et aux salles de soins, elle me contournait pour venir s’asseoir sur la troisième marche en face de moi, de sorte que nos visages soient à la même hauteur. Son image était floue et opaque, ses contours semblaient se fondre graduellement dans l’air, elle était irréelle, comme sortie de mon imagination. Malgré les difficultés que j’éprouvais à discerner ses traits derrière mes lunettes fumées, je devinais son sourire ainsi qu’une expression de contentement, de soulagement, je ressentais de la quiétude et de l’apaisement. Sept mois et douze jours que je n’avais pas ouvert les yeux. Sept mois et douze jours plongés volontairement dans le noir, le silence, la mutité. Les lésions neurologiques qui m’avaient atteintes se dissipaient très progressivement et très lentement. Le jour où j’ouvrirais à nouveau les paupières était attendu depuis déjà une semaine selon les spécialistes. Malgré les protections, les soins et les précautions répétées, je n’avais pas encore réussi à recouvrer totalement une vue claire à l’acuité normale. Cela semblait inquiéter mon entourage, car à dix huit ans la récupération aurait du être plus rapide ; Le mal avait été profond et durable, d’ailleurs, si mes jours n’étaient plus en danger, je ne vivrais plus jamais normalement. Le handicap physique serait présent à demeure ; plus aucun traitement, ni aucune rééducation ne pourrait me faire marcher à nouveau. En plus du très présent filet de voix qui s’échappait de la bouche fermée d’Ayline, je sentais une main douce et caressante tenter de dénouer mes poings fermés posés sur mes cuisses. Au fur et à mesure que mes doigts se détendaient, une voix plus âgée me demanda si je souhaitais rentrer pour retirer les lunettes qui me protégeaient de la lumière violente de l’été. Tandis qu’Ayline se faisait un devoir de me visiter au moins une fois par semaine, maman était présente tous les jours. Elle avait pris résidence à la maison de repos dans laquelle je finissais ma convalescence. En plus de la vue, je recouvrais peu à peu la mémoire. Mes nuits étaient hantées de cauchemars d’une violence qui me faisait hurler en pleine nuit. Des bribes de visages, des odeurs, des mots me transperçaient le cerveau comme des flèches. Je me crispais de toutes mes forces dans l’attente d’autres visions qui, toutes, m’agressaient avec une brutalité insupportable. Ces attaques imprévisibles prenaient possession de tous mes sens et semblaient rassembler à elles seules toutes les douleurs existantes sur terre. Les chants murmurés d’Ayline m’apaisaient, les mains de maman dans les miennes me rassuraient. Heureusement que ces présences existaient car le jour où il fallut envisager de quitter la résidence pour rejoindre notre appartement en ville, je fus pris de peur panique. Bien sûr j’allais mieux, ma vue n’était plus obscurcit que par deux verres légèrement teintés, j’étais depuis longtemps déjà habitué à mon fauteuil roulant, mes traitements avaient tous été ajustés et rectifiés pour ceux que mon corps assimilait difficilement, seule ma tête s’entêtait à rester vide de tous souvenirs cohérents. Mes cauchemars s’espaçaient, mais leur violence était la même. Les visites chez les psychologues et psychiatres m’inquiétaient d’avantage. A dix huit ans, il fallait me reconstruire, et je ne le pouvais pas sans passé, sans histoire. Maman et Ayline m’avaient fait la promesse de compléter en temps voulu, par petits morceaux savamment dosés, toute ma jeunesse.
Ayline eut l’idée, en concertation avec maman et les psychologues, d’écrire mon histoire pour me la distiller à la façon d’un feuilleton. Ce moyen avait déjà donné d’excellents résultats dans d’autres centres. Il avait l’avantage de pouvoir subrepticement maquiller la réalité au cours de la lecture en fonction des réactions du patient, tout en le guidant vers sa propre lumière, une fois qu’il était en mesure de l’accepter et de se l’approprier.
Ayline a continué, après son mariage, à s’enquérir de ma santé aussi souvent qu’elle le put. Encore aujourd’hui, elle et son mari, dit « Braconne » me rendent régulièrement visite dans la maison médicalisée de Saint Jouars en grande banlieue parisienne que maman avait prit soin de réserver avant qu’elle ne décède.
Ayline a fait de la vie d’Aurélien un vrai roman, une vraie narration, reprenant avec l’aide de sa mère tous les détails de leur vie depuis quelques mois seulement avant le drame.
Voilà cette histoire que ni le temps, ni la beauté rayonnante de sa maman et de Ayline n’auront jamais réussi à effacer.
22 avril 2009
photo mystère
En fait ce sont des volets d'occultation pour les gymnases (entre autre). Comme je suis dans un état d'esprit généreux et fatigué, j'accorde le "store" du bout des lèvres car je sais que ces lieux vous sont inconnus...
Eh ! Z'avez vu comment j'suis méchant encore ?
J'le crois pas, c'est venu comme ça, tout seul.
19 avril 2009
photo mystère
Bien, comme vous avez étez sages...
Ce ne sont pas des tuyaux d'orgue !
photo mystère
Ah enfin ! Un mur d'escalade avec les prises et... les traces des chaussures !
Bien !

